Orage torrentiel dans le Gard : les raisons d'un tel déluge

Regis CREPET
Par Regis CREPET, Météorologue
Le mardi 14 septembre au matin, un orage d'une rare violence s'abat aux confins de l'Hérault et du Gard. Le déluge dure 3 heures, provoquant l'inondation générale de ce secteur compris entre Montpellier, Nîmes, Lunel et Arles. Cet orage méditerranéen stationnaire n'est pas inhabituel à cette époque de l'année, mais les cumuls de pluie ont été records. Voici les raisons d'un tel déluge.

Le contexte météorologique était dépressionnaire sur la France en ce mardi, avec de l'air chaud et humide remontant de Méditerranée. Ce type de configuration, fréquente à cette époque de l'année, est propice à de fortes pluies orageuses. C'est la saison des épisodes méditerranéens, redoutés depuis la nuit des temps. Cependant, les évènements ont pris une tournure un peu atypique avec le développement explosif d'un orage d'une rare violence dans la plaine gardoise. En voici les explications.

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Crédit : Tristan Bergen Photographies

Un orage explosif

Dans un contexte météorologique très humide et chaud, le temps était lourd dans une ambiance tropicale ce mardi matin en Languedoc. Le vent, faible, venait de la mer, apportant l'humidité propice à la formation des orages. Puis, dès 10 heures, un orage isolé s'est brusquement formé à l'est immédiat de Montpellier. Un cumulonimbus s'est développé sur place, puis n'a cessé de prendre du volume quasiment sur place, dans le secteur de Lunel. Cet orage a pris alors une ampleur inédite, tandis que les pluies torrentielles se renforçaient, parfois accompagnées de grêle. Sa progression était alors très lente, en direction de Nîmes, qu'il a recouvert entre midi et 13 heures. Les cumuls les plus importants, extraordinaires, ont dépassé les 200 mm en 3 heures, en Camargue, tandis que Nîmes a enregistré 120 mm à la mi-journée. Les impacts de foudre étaient alors d'une intensité remarquable tandis que des rafales ont atteint 105 km/h à la station météorologique de Nîmes

Un orage stationnaire en forme de "V"

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Crédit : La Chaîne Météo

La formation de cet orage a surpris par sa virulence, mais reste tout à fait explicable. D'ailleurs, certains modèles météorologiques numériques l'avaient prévu quelques heures à l'avance : c'est dire que le principe de formation est connu. Il s'agissait d'un orage stationnaire, évoluant très peu géographiquement, mais se régénérant sur place. Les courants chauds et humides venant de la mer ont alimenté le gigantesque cumulonimbus, ce nuage d'orage visible sur les images du satellite. Cette alimentation a servi de carburant à l'orage pendant 3 heures, qui a gonflé et pris du volume, recouvrant alors toute la zone camarguaise. On parle d'orage "en V", car la forme prise par ce foyer orageux, vu du dessus, ressemble à un panache avec une pointe (zone d'alimentation en humidité) qui s'étale ensuite, tel un nuage volcanique. Ce type d'orage est connu pour sa violence. Le nuage d'orage est monté jusqu'à 18000 m d'altitude, son sommet étant constitué de glace, et dont la température, là-haut, était de -75°C. Son évolution spatiale a été conditionnée à la fois par la direction des vents en haute altitude, venant du sud-ouest et poussant le nuage d'orage vers Nîmes puis Beaucaire, mais l'orage a rencontré des vents plus frais et secs descendants du nord-ouest : il a été ainsi pris en étau, ce qui explique son caractère stationnaire et son changement de direction, rebroussant chemin vers la mer en début d'après-midi, s'arrêtant aux portes d'Arles. L'orage s'est littéralement dissipé sur place, car son alimentation a cessé, et il ne trouvait plus de flux favorable à son déplacement.

Au regard des cumuls de pluie produits par cet orage, la ville de Nîmes a probablement échappé de peu à une catastrophe qui aurait pu ressembler à celle du 3 octobre 1988, responsable de 11 morts à l'époque.

Néanmoins, les inondations ont causé de graves dégâts aux infrastructures, notamment routières, de cette zone camarguaise.

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Crédit : La Chaîne Météo

On retiendra, en conclusion, qu'il ne s'agit pas d'un épisode méditerranéen (car il faut alors une perturbation de grande surface géographique pour répondre à ce critère) ni un épisode cévenol, où les pluies viennent alors se bloquer durablement sur les reliefs des Cévennes. Il s'agissait, ici, d'un orage méditerranéen stationnaire particulièrement violent.

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