Quel bilan tirez-vous de cet hiver et quels impacts sur la végétation ?
Cyril Wuest : Avec un excédent de +1,8 °C, l’hiver 2025-2026 se classe au 4ᵉ rang des plus doux depuis 1900. Après une courte séquence froide entre Noël et le 11 janvier, marquée par des gelées fréquentes, la douceur s’est durablement installée. Entre mi-janvier et mi-mars, près de 60 jours ont affiché des températures supérieures aux normales.
Conséquence directe : la végétation est en nette avance. Les floraisons et le débourrement présentent souvent deux à trois semaines d’avance, notamment pour les arbres fruitiers déjà bien en fleurs dans de nombreuses régions. Même certaines essences forestières ont pris de l’avance. Cette précocité rend les cultures particulièrement sensibles au moindre coup de froid. Les espèces à floraison plus tardive, comme les pommiers et poiriers, sont pour l’instant un peu moins exposées, mais restent sous surveillance.

Un risque de gel est-il confirmé cette semaine ?
Oui, le changement de temps sera net et rapide. Dès mercredi, un flux de nord-ouest va s’installer, entraînant une chute des températures d’environ 10 °C en seulement 24 à 48 heures. De l’air polaire va s’engouffrer sur le pays, rendant l’atmosphère plus instable. On attend des giboulées, du vent soutenu et un retour de la neige à basse altitude en montagne. Dans ce contexte plus froid et agité, le risque de gel en fin de semaine est bien réel, notamment lors des nuits plus dégagées, avec des conséquences possibles pour les cultures les plus avancées.
Le changement climatique accentue-t-il le risque de gel ?
Oui, et c’est tout le paradoxe. Le réchauffement réduit la durée et l’intensité de l’hiver, ce qui favorise une reprise de la végétation de plus en plus précoce. Mais en parallèle, les épisodes de gel printanier n’ont pas disparu. Résultat : les cultures sont plus souvent exposées à ces gelées tardives, avec un risque accru de dégâts. Autrement dit, des hivers plus doux n’annulent pas le risque de gel, ils le déplacent et l’amplifient sur des stades végétatifs plus sensibles.