La météo joue-t-elle un rôle dans la prévision de l'épidémie de la Covid-19 ?

Regis CREPET
Par Regis CREPET, Météorologue
La météo joue-t-elle un rôle dans la prévision de l'épidémie de la Covid-19 ?
Crédit : GETTY
Après un an de pandémie de COVID-19 dans le monde, la communauté scientifique dispose maintenant d’un certain recul permettant d’observer le comportement du virus en fonction des saisons dans les deux hémisphères. De nombreuses études, dont certaines récentes, établissent des corrélations entre la météo et l’évolution de l’épidémie. A l’aube du printemps, voici quelques perspectives à ce sujet.

Cela fait un an désormais que nous vivons avec la Covid-19, de la famille des coronavirus responsables de syndromes respiratoires parfois sévères. Dès le début de l’épidémie, la saisonnalité était évoquée au fil des nombreuses études scientifiques, tout comme le rôle des conditions météo propices à la propagation de l’épidémie. A ce jour, le recul d’un an dont nous disposons n’est certes pas suffisant pour affirmer que le virus se comporte comme la grippe par exemple, mais des faisceaux de concordance existent concernant le rôle de la météo dans l’évolution de l’épidémie.

Le rôle de la météo et des saisons dans l’évolution de l’épidémie

Malgré de nombreuses incertitudes et la nécessité de maintenir les gestes barrières, on s’est aperçu que la Covid-19 a reculé pendant l’été dans l’hémisphère nord pour reprendre en automne, après une baisse précoce des températures fin septembre en France. La saisonnalité de la Covid est donc reconnue dans une certaine mesure, mais de façon assez marginale à ce jour selon cette étude de la revue Nature.

Récemment, plusieurs études dont celle publiée par l’université de Nicosie à Chypre et par l’université d’Aix-Marseille mettent en évidence une corrélation entre les températures, l’humidité et le vent dans la propagation de l’épidémie (notamment concernant le R0, c’est-à-dire le nombre moyen de personnes contaminées par une autre personne). Le R permet de suivre l’évolution de l’épidémie.

Une équipe de chercheurs américains a déjà mis en évidence le rôle de la saison dans la propagation de l'épidémie, avec un ralentissement des contaminations en saison chaude et une accélération en saison froide. A chaque degré gagné, le taux de contamination de la Covid-19 diminuait de 1%.

A la lecture de ces études, il semblerait que la Covid-19 se propage davantage par une température inférieure à 10°C (avec une fourchette de prédilection comprise entre 3° et 7°C). Mais, en fonction des différentes études, la fourchette propice à la transmission de la Covid-19 s'étalerait entre 3° et 17°, ce qui correspond aux climats tempérés telle la France. Quant à l’humidité de l’air, il apparait aussi que la Covid-19 connait une transmissibilité accrue en période sèche selon cette étude australienne. A l’opposé, un froid intense, comme lors de la vague de froid ayant touché l’Europe et une partie de la France en février, pourrait ralentir la propagation de l’épidémie selon les chercheurs de l'Institut de recherche pour le développement, de l'université d'Aix-Marseille, et de l'Institut Pasteur, parue le 26 janvier. Ainsi, on observe une plus faible transmission en-dessous de -3°C. On peut donc penser que l'augmentation du nombre de cas positifs en cette fin février trouve en partie sa cause dans la période froide connue en France du 14 au 21 février dernier.

En résumé, un temps sec et modérément froid est plus propice à une augmentation de l’épidémie alors qu’un temps chaud et venté nous sera plus favorable et qu’une vague de froid ralentira momentanément les transmissions épidémiques.

Afin de mettre en évidence la saisonnalité des pics épidémiques, l'Université de Nicosie (Chypre) a publié cette carte indiquant le taux de transmission en mars (fin de l'hiver dans l'hémisphère nord) et en août (hiver dans l'hémisphère sud), avec un R compris entre 0 et 0,5. (Nota : si le R0 est supérieur à 0, cela signifie que le virus continue sa propagation et qu’un malade le transmet à d'autres personnes). On s'aperçoit que le taux de transmission était plus important, globalement, en saison hivernale.

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Crédit : La Chaîne Météo

Toutefois, gardons à l’esprit que ce domaine de recherche est toujours en cours et que les conclusions de l’Organisation Mondiale de la Santé restent prudentes, en indiquant : « On ne sait pas encore si les conditions météorologiques et la température affectent la propagation du COVID-19. Certains autres virus, comme ceux qui causent le rhume et la grippe, se propagent davantage pendant les mois froids, mais cela ne signifie pas qu'il est impossible de devenir malade avec ces virus pendant les autres mois. Il y a beaucoup plus à apprendre sur la transmissibilité, la gravité et d'autres caractéristiques associées au COVID-19 et des enquêtes sont en cours. » Mais, en gardant à l’esprit que ces études sont toujours en cours, certains chercheurs indiquent qu’il faudrait intégrer les données climatiques dans les modèles épidémiologiques. Cela démontre l’importance potentielle des prévisions météorologiques dans l’évolution de la pandémie.

Météo : vers des conditions défavorables en France en mars?

Pour en revenir à la météo en France, nos prévisions mettent en évidence la poursuite d’un temps doux et sec pour la première semaine de mars, avant une baisse significative des températures accompagnée d’un temps humide pour la semaine du 8 au 14 mars. Cette évolution ne nous serait pas favorable dans un contexte de brassage de la population (nota : à ce jour, il n’était pas fait mention d’un éventuel confinement National en France, ce qui modifierait la donne).

La tendance à long terme indique globalement un mois de mars plutôt déficitaire en pluie, donc relativement sec, avec des températures de saison (c’est-à-dire comprises, en moyenne, entre 12° et 15° les après-midi). Si l’on s’en réfère aux études citées précédemment, c’est-à-dire parmi les plus récentes, ces conditions de temps assez sec conjugué à cette fourchette de température seraient assez propices à un taux de contamination (le « R ») assez soutenu, ce qui n’est pas une bonne nouvelle à court terme, avec tout de même en perspective une probable amélioration générale en vue de l'été.

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