Catastrophe dans l’Himalaya : le réchauffement climatique a-t-il aggravé le désastre ?

Florent Schindler
Par Florent Schindler, Météorologue
Catastrophe dans l’Himalaya : le réchauffement climatique a-t-il aggravé le désastre ?
Crédit : Image d'illustration/ Adobe Stock
Une nouvelle étude montre que le réchauffement rapide de l’Himalaya fragilise glaciers, pergélisol et parois rocheuses. Un facteur aggravant majeur dans la catastrophe du 26 août au Népal.

Une nouvelle analyse du World Weather Attribution publiée ce jeudi 17 septembre éclaire la catastrophe survenue le 26 août dans l’Himalaya, au nord du Népal. L’effondrement spectaculaire d’une paroi rocheuse et d’une partie d’un glacier a déclenché une avalanche puis une crue dévastatrice. Plus de 1 300 personnes ont été tuées et plus de 5 000 étaient toujours portées disparues au 14 septembre. Les chercheurs montrent que le réchauffement rapide de l’Himalaya a contribué à fragiliser ces hautes montagnes. Que s’est-il passé dans l’Himalaya le 26 août 2026 ?

La catastrophe est partie du Langtang Lirung, près de la frontière entre le Népal et la Chine. Environ 2 km² de roches et de glace se sont brutalement détachés vers 5 150 mètres d’altitude avant de chuter de près de 1 400 mètres.

Disaster in Nepal ⚠

"video documents the horror of the catastrophic floods that swept through the Himalayan region after a massive ice block collapsed, sweeping away villages, bridges, and everything in its path.

The death toll has risen to 1,429 confirmed fatalities,… pic.twitter.com/U8LhIEneFl

— sustainme.in® (@sustainme_in) September 14, 2026

L’avalanche de roches et de glace s’est ensuite transformée en une gigantesque coulée de débris puis en crue éclair. Le flot a parcouru les 22 km jusqu’à Rasuwagadhi en seulement sept minutes, soit une vitesse moyenne estimée à 188 km/h. L’énergie libérée par l’effondrement était comparable à celle d’un séisme de magnitude 5,5.

Quel rôle le changement climatique a-t-il joué ?

Les scientifiques restent prudents : ils ne concluent pas que le changement climatique a, à lui seul, provoqué cet effondrement. La géologie locale et les séquelles du puissant séisme népalais de 2015 ont également pu fragiliser la montagne.

En revanche, le réchauffement constitue un facteur supplémentaire de déstabilisation. La hausse des températures fait fondre les glaciers mais aussi le pergélisol, cette glace présente dans les fissures des roches et qui contribue à maintenir la montagne en place. En disparaissant, ce véritable « ciment » naturel peut fragiliser les parois. L'eau de fonte peut également s'infiltrer dans les fractures et augmenter leur instabilité.

À quelle vitesse l’Himalaya se réchauffe-t-il ?

L'étude montre que les températures de juillet et août autour de la zone de l'effondrement sont aujourd'hui environ 1,5°C plus élevées en raison du réchauffement d'origine humaine qu'elles ne l'auraient été dans un climat préindustriel. À l'échelle annuelle, le réchauffement attribuable aux activités humaines atteint environ 2°C dans cette région de l'Himalaya.

Autre évolution spectaculaire : l'altitude de l'isotherme 0°C remonte d'environ 100 mètres par décennie pendant la mousson et l'après-mousson. Parallèlement, les glaciers de la région perdent depuis plusieurs décennies l'équivalent de plus d'un demi-mètre d'épaisseur chaque année.

De telles catastrophes pourraient-elles devenir plus fréquentes ?

Il est impossible d'affirmer que cet effondrement précis ne se serait pas produit sans réchauffement climatique. Mais le World Weather Attribution conclut que la hausse rapide des températures augmente les conditions favorables à ce type de catastrophe en cascade : recul des glaciers, dégel du pergélisol, fragilisation des parois et augmentation de l'eau liquide en haute altitude.

L'événement pose aussi la question des limites de l'adaptation. Avec une coulée parcourant plusieurs dizaines de kilomètres en quelques minutes, les chercheurs estiment qu'aucun système d'alerte existant n'aurait pu protéger totalement les populations situées immédiatement en aval. Le réchauffement de l'Himalaya fait ainsi émerger des risques d'une ampleur et d'une rapidité parfois supérieures aux moyens actuels de prévention.





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