Ouragans : la saison 2022 s'annonce intense dans l'Atlantique

Regis CREPET
Par Regis CREPET, Météorologue
La saison des ouragans dans l'Atlantique Nord débute officiellement le 1er juin. Si elle s'annonce assez intense, elle devrait en revanche être moins active que ces deux dernières années.

Une saison cyclonique se caractérise à la fois par son activité et par son intensité. L'activité dépend du nombre de phénomènes nommés, c'est-à-dire ayant atteint au minimum le stade de tempête tropicale, et l'intensité dépend du nombre de phénomènes ayant atteint les stades supérieurs d'ouragans, et d'ouragans majeurs. 

Soulignons ici que pour une même activité et une même intensité, une année cyclonique pourra avoir un bilan totalement différent en termes de dégâts si les phénomènes se produisent dans des terres habitées, ou bien en mer, comme ce fût le cas ces deux dernières années.

L'année 2021 a été très active dans l'Atlantique, se classant à la troisième place après 2005 et 2020 (et à égalité avec... 1933). La plupart des phénomènes qui se sont produits n'ont pas touché terre, ni sur l'arc antillais, ni sur les États-Unis. On se souvient néanmoins de l'ouragan Ida qui a frappé le sud des États-Unis au même endroit que Katrina en 2005.

Les dernières prévisions pour cette année 2022 indiquent qu'elle devrait connaître une activité cyclonique importante, mais un cran en dessous de l'année dernière en terme d'intensité.

Une saison assez active, mais moins intense qu'en 2021

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Crédit : La Chaîne Météo

Les différents organismes spécialisés dans l'élaboration des prévisions cycloniques sont assez formels. 2022 pourrait s'annoncer assez active avec davantage de phénomènes que la moyenne, mais sans atteindre l'intensité de ces deux dernières années. 

L'Université du Colorado a été la première à publier ses estimations. Leurs calculs aboutissent à la formation de 19 phénomènes nommés en Atlantique Nord (pour une moyenne de 14), dont neuf seraient des ouragans (moyenne : 7 par saison).

Ces prévisions rejoignent celles élaborées en mars par l'organisme météorologique américain Accuweather, qui envisageait de 16 à 20 phénomènes cycloniques, dont 3 à 5 ouragans majeurs, c'est-à-dire atteignant au moins la force 3/5 sur l'échelle de Saffir Simpson.

Le Tropical Storm Risk, organisme officiel de prévision des ouragans, arrive aux mêmes prévisions avec 18 phénomènes nommés, dont 8 ouragans parmi lesquels 4 majeurs.

Ainsi, la saison à venir aurait une intensité à peu près équivalente à celle de l'année dernière mais elle serait moins active, autrement dit avec moins de petits phénomènes.

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Crédit : La Chaîne Météo

Quels sont les éléments qui permettent d'élaborer ces prévisions ?

Plusieurs paramètres sont pris en compte pour dresser ces prévisions qui apparaissent en phase avec le contexte climatique mondial.

L'un des paramètres importants est la persistance de la Nina dans l'océan Pacifique, dont les eaux plus froides que la normale augmentent les vents sur cette zone océanique. Par effet de vases communicants, les vents d'altitude, facteur capital dans le développement des ouragans, sont moins forts sur l'océan Atlantique tropical. Lorsque ces vents sont faibles en haute altitude, cela favorise la convection, l'instabilité orageuse et le développement des ouragans. À l'inverse, une phase "El Nino" dans le Pacifique (autrement dit des eaux plus chaudes que la normale) serait défavorable à la formation des ouragans en Atlantique, car cela renforce les vents de haute altitude, inhibant alors leur développement. Autrement dit, des eaux du Pacifique froide et des eaux de l'Atlantique chaudes sont propices à la formation des ouragans.

Autre paramètre propice à une saison cyclonique active : la température de l'océan Atlantique tropical, en particulier entre l'Afrique de l'Ouest et l'arc Caraïbes. Depuis le mois de mars, ces températures sont de 1° à 2°C supérieures aux normales, ce qui constitue un carburant supplémentaire pour la formation des ondes tropicales, dont les premières commencent déjà à se former.

Enfin, dernier paramètre important pris en compte dans la modélisation : les prévisions d'humidité et de pluviométrie sur l'Afrique équatoriale. C'est, en effet, sur cette partie du globe que se forment les orages qui, portés par les grands vents d'est, se dirigeront ensuite sur l'Atlantique, pouvant alors servir de noyau pour la formation des ouragans sur l'océan. À ce jour, les modèles envisagent une saison tropicale très pluvieuse, cet été, sur l'Afrique équatoriale, ce qui serait alors un élément supplémentaire pour augmenter le nombre d'ouragans.

En conclusion, on retiendra que cette saison cyclonique 2022 s'annonce assez intense en Atlantique nord avec un nombre d'ouragans et ouragans majeurs à peu près similaire à 2021, mais avec une activité globale qui pourrait être moins forte que ces deux dernières années. Ce sont surtout les phénomènes proches et en direction des terres qui seront surveillés de près. L'année dernière, le bilan des dégâts s'est élevé à 70 milliards $US et a entraîné la mort de plus de 150 personnes. 

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