Retour de la Nina : quel impact pour cet hiver?

Regis Crepet
Par Regis Crepet, Météorologue
Retour de la Nina : quel impact pour cet hiver?
Crédit : La Chaîne Météo
La Nina est une anomalie froide des eaux de surface de l'océan Pacifique oriental. Cette anomalie est si vaste qu'elle peut impacter le climat planétaire. L'épisode actuel avait débuté à l'automne dernier. Puis, après une période neutre, sans anomalie cet été, le retour de la Nina est à nouveau attendu pour cet automne et l'hiver. Voici quelles pourraient en être les conséquences climatiques.

Les eaux de surface des océans connaissent des phases chaudes et froides. Lorsque ces variations de températures s'étendent sur des milliers de kilomètres, elles affectent le sens des courants marins et modifient également la circulation atmosphérique, car tout est lié. Ces alternances de phases chaudes et froides sont particulièrement impactantes dans l'océan Pacifique, de par sa superficie. Ces variations sont appelées El Nino (pour la phase chaude) et La Nina (pour la phase froide). En l'absence d'anomalie, on parle de phase neutre ("neutral"). Ces variations cycliques ont de lourdes conséquences sur le climat mondial, dont certains effets peuvent se répercuter jusqu'en Europe. Nous allons voir comment.

Pourquoi la Nina occasionne-t-elle des intempéries planétaires ?

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Crédit : La Chaîne Météo

L’extension de la Nina et d’El Nino sur la moitié de l’océan Pacifique est tellement vaste que ses effets se font sentir sur l’ensemble de la zone intertropicale planétaire ainsi que sur l’Australie et le continent américain, au plus proche du phénomène. Pour les autres parties du globe, comme l'Europe, les effets sont nettement amoindris et parfois même encore mal connus. La relation de cause à effet avec l'Europe est moins nette pour plusieurs raisons.

Premièrement, le continent est situé en bout de course du fait de son éloignement géographique. Il n’y a donc pas d’impact véritablement défini des phénomènes la Nina et El Nino sur le climat de la France. D’autre part, d’autres paramètres climatiques interfèrent tels que les vents au-dessus de l’Afrique intertropicale par exemple. Cette complexité des interactions atmosphériques est telle que de nombreuses études sont toujours en cours à ce sujet. Néanmoins, ce que l'on constate, c’est qu’en phase El Nino, les hivers sont globalement plus doux en Europe de l’Ouest, alors qu’ils sont plus froids en période la Nina, avec là aussi des variations constatées. Ainsi une faible Nina n’a pas le même impact qu’une Nina très prononcée.

Il est cependant admis que la Nina est plutôt propice à des hivers froids en Europe, ce que nous avons constaté dans les années 2010 par exemple. Cela dit, la Nina n'agit pas seule dans l'évolution climatique : ainsi, concernant les hivers froids en Europe, elle est souvent corrélée aux cycles solaires (notamment l'un d'entre eux qui revient tous les 11 ans, avec une baisse d'intensité favorable aux hivers froids), alors que pour le Québec, au plus près du phénomène, le lien de cause à effet est quasi systématique. Mais, d'une façon statistique, les années "Nina" sont propices à des situations d'oscillation atlantique négative (NAO-), c'est-à-dire une configuration où l'anticyclone nord Atlantique favorise des descentes d'air froid sur la France. Lors de l'hiver dernier, cette situation s'est produite en janvier ainsi qu'en février (avec une vague de froid notable sur l'Allemagne, qui avait touché la France pendant une semaine). Mais d'autres paramètres sont venus contrecarrer cet effet. En revanche, pour cet hiver, il semble y avoir davantage de facteurs propices à un hiver froid en Europe.

En conclusion, on retiendra que la Nina est de retour pour cet automne et pour l'hiver dans l'océan Pacifique, pouvant modifier régionalement le climat. On sait que ce phénomène refroidit la planète, mais que, dans le contexte du réchauffement climatique, ces refroidissements sont plus atténués qu'avant. Ainsi, il est probable que cette année 2021 ne sera pas aussi chaude que les dernières qui viennent de s'écouler, tout en restant a priori parmi les 6 plus chaudes. On notera aussi que cette perspective accroît la probabilité d'avoir un hiver plutôt froid en Amérique du Nord ainsi qu'en Europe de l'ouest, et sur la Sibérie, ce qu'il conviendra de confirmer ou d'infirmer dans nos prochains bulletins de prévisions saisonnières.

Notes :

Le dossier du Met Office (en anglais)

Les impacts de l'ENSO sur le climat (étude in "ScienceDirect" en anglais)

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