Les sécheresses font partie du climat californien et des Etats voisins, Arizona et Nevada. Même les villes côtières subissent un climat chaud et sec en été. Ces alternances de sécheresse sont donc naturelles, la dernière datant des années 2011 à 2016 : ce fut la plus longue depuis le début des relevés. Mais, depuis ce printemps, les fortes chaleurs précoces et la diminution des précipitations laissent craindre un été torride et dévastateur pour l’agriculture, et font planer le spectre de gigantesques incendies de forêt.
Une situation déjà critique en ce début d’été
La saison chaude ne fait que commencer et pourtant, dès la fin du mois de mai, le déficit des précipitations s’est fait sentir avec de fortes chaleurs précoces et de nombreux records pour la saison (43°C à El Paso et 47,8°C à Phoenix par exemple). Le déficit de pluie pour le mois de mai était déjà de près de 90% en Californie. La gestion de l’eau étant un enjeu économique crucial pour ces Etats du sud-ouest, des mesures de restriction préventives ont été prises très tôt. Le niveau des lacs réservoirs et des barrages étant en baisse sévère, la production d’électricité est menacée avec des risques de coupure, alors que les climatiseurs tournent à plein régime. L’approvisionnement en eau des dizaines de millions d’habitants pourrait devenir problématique alors que nous ne sommes qu’au début de l’été. Le secteur de l’arboriculture, très gourmand en eau, est également menacé, à tel point que des exploitants ont dû arracher des milliers d’amandiers faute de pouvoir les arroser, ces arbres nécessitant une forte irrigation. La production d’oranges et de pêches pourrait subir le même sort.
Des lacs et des barrages à sec
Dans ce contexte, les neiges de la Sierra Nevada ont fondu de façon précoce. Les eaux de fonte sont censées soutenir l’étiage des réservoirs en début d’été, mais cette année, cette eau s’est déjà évaporée. Sans pluie, le niveau des lacs réservoirs et des grands barrages atteignent déjà des niveau records. Le lac Mead, créé en 1930, atteint son plus bas niveau depuis sa construction, alors qu’il doit fournir de l’eau à des millions d’habitants du Nevada, Californie, Arizona et Nouveau Mexique. De même, le très touristique lac Powell a perdu 20 mètres d’eau, atteignant son plus bas niveau depuis sa création en 1960. Selon le centre météorologique national de Californie, 33% de la superficie de l’Etat est en « sécheresse exceptionnelle », tandis que 85% est en « sécheresse extrême ».
Outre ce manque d’eau qui laisse planer le spectre d’un été très difficile, la Californie doit vivre désormais sous la menace de gigantesques incendies de forêt, dont certains, encore localisés, commencent déjà à se produire. La végétation desséchée pourra s’embraser facilement tandis que les pompiers risquent de manquer d’eau pour les éteindre, comme ce fut le cas lors des incendies historiques de l’automne 2020.
Un phénomène en cause : la Nina

Les prévisions météorologiques à court terme ne sont pas rassurantes : la vague de chaleur s’intensifie actuellement à tel point que l’on attend de nouveaux records de chaleur ces prochains jours au niveau de l’Oregon, au nord de la Californie. Des températures atteignant 40°C sont attendues jusqu'en Colombie-Britannique, dont Vancouver (Canada) pourrait connaître sa plus forte canicule de notre époque. L’énorme anticyclone et son dôme de chaleur se maintient le long de la côte ouest, empêchant le passage des perturbations. Les prévisions à plus long terme pour l’été modélisent toujours la persistance de la sécheresse et des fortes chaleurs jusqu’au mois de septembre.
En conclusion, on retient que la Californie est confrontée à une sécheresse historique, peut-être l’une des plus sévères depuis 1200 ans, selon la paléoclimatologue Kathleen Johnson, de l’Université de Californie à Irvine. Face à cela, l’agriculture intensive aggrave la situation avec une irrigation massive qui assèche les lacs et les nappes phréatiques. Enfin, le réchauffement climatique, modifiant le comportement du jet Stream, pourrait contribuer à accentuer ces situations météorologiques extrêmes.
(1) Notes :