Alors que la saison cyclonique 2020 se termine le 30 novembre prochain, le nombre de phénomènes à s'être développés a battu le record de l'année 2005 avec 29 phénomènes nommés contre 28 en 2005 !
Une saison cyclonique record en Atlantique Nord !
La saison cyclonique dans l’Atlantique nord s’étend du 1er juin au 30 novembre avec statistiquement un maximum d’activité en septembre. Si les tempêtes tropicales sont nombreuses à se former dans l'Atlantique comme c'était envisagé par les prévisionnistes américains, 12 d'entre elles ont atteint le stade d'ouragan à la date du 11 novembre et trois le stade d'ouragan majeur, notamment l'ouragan Laura qui a frappé le sud-est des Etats-Unis en catégorie 4 sur 5 fin août 2020.
Si l'intensité des cyclones est néanmoins loin d'être remarquable, le caractère exceptionnel de la saison vient du nombre de phénomènes cycloniques déjà formés à cette époque de l'année. Avec 29 phénomènes tropicaux recensés actuellement, la saison record de 2005 avec 28 phénomènes tropicaux vient d’être battue. La saison 2020 dure statistiquement jusqu'au 30 novembre.
On note qu'après avoir épuisé la liste pré-établie des noms des ouragans pour la saison 2020, il a été nécessaire de la prolonger en utilisant les lettres de l'alphabet Grec. Cette situation, rare, avait été observée également lors de l'année record 2005.
Le nombre d'ouragan augmente-t-il avec le réchauffement climatique ?
Contrairement aux idées reçues, le nombre total de phénomènes cycloniques est en légère diminution sur la planète depuis le début des relevés en 1851. Ce nombre était en augmentation dans l’Atlantique Nord entre 1950 et 1970 avant une baisse entre 1970 et 1990. La courbe est repartie à la hausse entre 1995 et 2010 avant cette dernière décennie anormalement calme. Le pic de 2017 marque donc un retour à la normale dans l’océan Atlantique Nord. Face à ce constat, la question du rôle du réchauffement climatique dans l’évolution du nombre d’ouragans en Atlantique Nord n’est pas probant, ce qui est reconnu à la fois par le GIEC (Groupe Intergouvernemental d’experts sur le climat) et par la NOAA, qui indique “ Il est prématuré de conclure que les activités humaines (et en particulier les émissions de gaz à effet de serre) ont un impact détectable sur les ouragans de l’Atlantique ou sur l’activité cyclonique mondiale .” (2). Le réchauffement climatique planétaire aurait plutôt tendance à augmenter la puissance des ouragans formés, qui atteignent plus rapidement les catégories maximales, ainsi que les cumuls pluviométriques associés, plus abondants d'environ 20 à 30 %.
En revanche certaines études semblent indiquer que si le nombre d’ouragans n’augmente pas, voire diminue, leur puissance pourrait être accrue (3), ce qui se mesure en « énergie accumulée » (ACE index), dont 2017 est la quatrième après 2005, 1995 et 2004. Cette énergie aurait augmenté de 70% depuis 30 ans alors que le nombre d’ouragans restait stable, voire en baisse pour l’Atlantique Nord. Selon ces études, le nombre d’ouragans « majeurs », au moins égaux à la catégorie 3/5, serait en augmentation, alors que le nombre total des phénomènes pourrait baisser. Mais pour d’autres experts, l’augmentation de fréquence de ces ouragans majeurs pourrait tout simplement résulter de la variabilité naturelle du climat, sans aucun lien avec le réchauffement (4) d’origine anthropique.
Nota : les études les plus récentes continuent à projeter une hausse assez forte, pour la deuxième partie du XXIe siècle, du nombre des cyclones tropicaux associés à des vents d’au moins 115 nœuds à l’échelle globale (Knutson et al., 2015). L’Atlantique Nord fait partie des régions où les modèles projettent une activité forte des ouragans extrêmes dans le futur. Pour l’instant, il est difficile de déceler un signal net de l’effet du changement climatique, compte tenu des cycles multi-décennaux et interannuels.
NOTES :
(1) Tropical Storm Risk / CSU (université d’état du Colorado) / NCSU / Met Office / NWS-NOAA / CEPMMT (modèle européen).
(2) Global Warming and Hurricanes, février 2019
(3) Nature, 2005 / Geophysical Research Letters (2009) / Douglas J. Collins, FCAS, MAAA (2018)
(4) Freeman Dyson, physicien, professeur émérite / Laboratoire de dynamique des fluides géophysiques de Princeton : “Parce qu'il y a la variabilité naturelle du climat, vous ne pouvez pas trancher avant au moins 150 ans” (citation du 10 avril 2007). Christopher Landsea, météorologue à la NOAA, spécialiste des ouragans: « le réchauffement climatique augmente peut-être la force du vent des ouragans, mais de sûrement pas plus que 1 ou 2%”. (University of Colorado, 17.1.2005).