1) A deux mois du 21 décembre, y-a-t-il des indicateurs qui nous permettent d'avoir une 1ère idée de l'hiver ?
Régis Crépet : Oui, c’est à partir du mois d’octobre que les premiers indicateurs météorologiques pertinents commencent à apparaître en vue d’établir une tendance pour la saison hivernale à venir. Ces indicateurs sont :
L’extension des surfaces enneigées dans les hautes latitudes (Sibérie, Canada), appelé OPI - Octobre Paterne Index - ou SAI - Snow advance Index.
Les températures de l’océan Atlantique nord (North Atlantic Oscillation) qui peuvent déterminer les vents dominants sur l'Europe.
On commence également à voir comment évoluent les vents dans la stratosphère, notamment au niveau de la zone intertropicale, ce qui peut avoir une incidence pour l’hiver à venir
Enfin, les températures de l’océan Pacifique permettent de savoir si on est en période « El Nino », « La Nina » ou « neutre », ce qui, là aussi, peut influencer l’hiver à venir
A noter que des brusques changements de température dans la stratosphère peuvent permettre d'anticiper des vagues de froid, mais ces signaux ne sont perceptibles que deux ou trois semaines seulement avant leur suvenue
Ces indicateurs nous permettent donc d’avoir une première idée sur les flux dominants qui pourraient régner en France pendant l’hiver. Ces premiers signaux demanderont à être confirmés en novembre, notamment concernant l’extension des surfaces enneigées en Sibérie, lesquelles peuvent influencer la formation ultérieure du fameux anticyclone de Sibérie, vecteur de froid en Europe. Les températures océaniques, ainsi que les vents stratosphériques peuvent servir d’indicateurs sur les flux dominants en Europe, permettant d’envisager les types de temps prépondérants (flux d’ouest doux et humide, flux de nord frais et sec, etc…).
2) L'hiver 2018-2019 avait été marqué par la douceur en France, est-ce qu'on pourrait s'orienter vers un hiver similaire ?

Régis Crépet : Oui je le pense. Il suffit d’observer la courbe d’évolution des températures hivernales en France depuis 1900 pour constater que les hivers sont de moins en moins froids et que les hivers doux sont de plus en plus nombreux. Les cycles naturels oscillent environ tous les 40 ans pour les grands hivers, et tous les 5 à 6 ans pour les hivers habituels. Actuellement, nous sommes dans une séquence douce depuis 2014, et selon les statistiques, nous devrions en sortir cette année ou l’année prochaine. Rappelons que les années 2005 à 2013 ont connu des hivers froids en France avec parfois d'abondantes chutes de neige en plaine, et indiquons aussi que même au sein des hivers doux, des vagues de froid d'intensité modérée se sont produites, comme en janvier 2017 et février 2018.
Néanmoins, la physionomie de ces cycles pourrait évoluer car on observe une tendance de fond au réchauffement des hivers en France. Les hivers les plus froids ont été observés au début du 20ème siècle, puis dans les années 1940, 1960 et 1980. Depuis, les cycles froids se poursuivent, mais avec une intensité moins forte qu’au XXème siècle. Le réchauffement climatique contemporain est sans doute l’acteur principal de cette tendance, mais d’autres causes connexes, comme l’urbanisation, l’influence des cycles naturels, le volcanisme, peuvent avoir un impact.
6) Concernant la sécheresse, peut-on espérer de bonnes pluies pour éviter une sécheresse hivernale ?
Régis Crépet : La configuration majoritaire de l’hiver pourrait être une “bordure anticyclonique”, c’est-à-dire à mi-chemin entre les dépressions situées sur l’Atlantique nord et celles positionnées en Méditerranée. Certes, la situation s'est améliorée en octobre sur le front de la sécheresse. Mais pour la France, cela ne serait pas propice aux fortes perturbations. Pour bénéficier de pluies plus nombreuses et abondantes durant cette période, il faudrait qu’un flux d’ouest s’installe durablement sur la France (flux zonal) ce qui nous n’envisageons pas pour le moment. Les pluies ne seraient donc pas suffisantes pour renflouer les nappes phréatiques, ce qui pourrait devenir problématique au moment d’aborder le prochain été. Il est à ce titre important de noter que l’hiver est la période pendant laquelle les précipitations (pluies et neiges) sont les plus efficaces, car, en l’absence de végétation et de chaleur, l’eau ne s’évapore pas et s’infiltre dans le sous-sol. Les nappes profondes, dites « phréatiques », peuvent alors se remplir pendant les semaines hivernales. Quant aux neiges de montagne, en fondant au printemps, elles participent aussi à la recharge de ces nappes.