Arbres roussis, chute des feuilles précoce : pourquoi les paysages prennent déjà des allures automnales ?

Cyrille Duchesne
Par Cyrille Duchesne, Météorologue
Arbres roussis, chute des feuilles précoce : pourquoi les paysages prennent déjà des allures automnales ?
Crédit : La Chaine Météo
La combinaison d'une sécheresse durable et de canicules à répétition a entrainé un stress hydrique sur la végétation et les arbres qui prennent des couleurs d'automne très précocement. Un mécanisme de défense qui permet aux arbres de survivre, mais qui pourrait aussi les fragiliser durablement.

Pourquoi les arbres perdent-ils déjà leurs feuilles dès le mois d'août ?

Depuis la fin du printemps, les vagues de chaleur et les périodes de sécheresse se sont succédé. Lorsque les sols s’assèchent, les racines ne parviennent plus à fournir suffisamment d’eau pour compenser celle perdue par les feuilles sous l’effet de la chaleur.

L’arbre réagit alors en fermant ses stomates, de minuscules ouvertures présentes sur les feuilles qui permettent les échanges gazeux et la transpiration. Il limite ainsi ses pertes en eau, mais réduit en même temps fortement son activité.

Si le manque d’eau persiste, les feuilles se dessèchent, se recroquevillent et finissent par tomber. En se débarrassant prématurément d’une partie de son feuillage, l’arbre réduit la surface par laquelle il perd de l’eau : il se met en quelque sorte « au repos » pour tenter de passer le cap de la sécheresse.

Pourquoi certaines feuilles semblent-elles littéralement brûlées ?

Lorsque l’eau devient insuffisante, l’arbre ne peut plus refroidir efficacement son feuillage par transpiration. Exposées à un fort rayonnement solaire et à des températures élevées, certaines feuilles peuvent alors brunir rapidement, donnant aux houppiers cet aspect roussi caractéristique.

Le phénomène est particulièrement visible cette année après les épisodes caniculaires successifs. Dès le début juillet, des signes de roussissement étaient notamment observés sur des chênes et des hêtres en forêt de Fontainebleau.

En ville, le stress peut être encore plus marqué : les sols souvent imperméabilisés stockent moins facilement l’eau, tandis que l’îlot de chaleur urbain augmente les besoins en eau des végétaux. Les arbres jeunes, récemment plantés ou installés dans des sols peu profonds sont particulièrement vulnérables.

Un « faux automne » qui n’est pas sans conséquence

Ces couleurs ne correspondent donc pas au véritable processus automnal, déclenché principalement par la diminution de la durée du jour et l’évolution saisonnière des températures. Il s’agit plutôt d’une réaction d’urgence à un stress climatique.

Cette stratégie peut sauver l’arbre à court terme, mais elle a un coût. En fermant ses stomates puis en perdant ses feuilles, l’arbre réduit fortement sa photosynthèse. Il fabrique donc moins de sucres et reconstitue moins efficacement ses réserves de carbone, pourtant essentielles pour passer l’hiver et redémarrer au printemps suivant. Il s'affaiblit et devient plus vulnérable aux maladies et aux parasites.

Les arbres peuvent-ils mourir de soif ?

Lors d'une sécheresse sévère et prolongée, le risque va plus loin. La circulation de l’eau à l’intérieur de l’arbre peut se rompre : des bulles d’air apparaissent dans les vaisseaux qui transportent la sève, phénomène appelé cavitation puis embolie gazeuse. Certaines branches ne sont alors plus alimentées en eau et peuvent mourir. Un épisode isolé n’entraîne donc pas nécessairement la mort d’un arbre. En revanche, la répétition des sécheresses et des fortes chaleurs d’une année sur l’autre peut épuiser ses réserves, réduire sa croissance et augmenter sa vulnérabilité aux sécheresses suivantes.

Ces paysages d’automne avant l’heure constituent ainsi l’un des signes les plus visibles du stress subi par la végétation après cet été 2026 exceptionnellement chaud et sec.

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