Quand on parle de « sécheresse », on imagine souvent un manque d’eau général. Il existe en réalité plusieurs types de sécheresse, dont les mécanismes et les conséquences sont différents.
Quels sont les différents types de sécheresse ?

La sécheresse météorologique est la plus « intuitive » : elle se produit lorsqu'il ne pleut pas, ou pas assez, pendant plusieurs semaines. Elle est souvent liée à des situations anticycloniques durables, qui agissent comme un verrou atmosphérique. Ces zones de hautes pressions stabilisent l’air, limitent la formation de nuages et dévient les perturbations pluvieuses vers d’autres régions. Résultat : le temps reste sec et ensoleillé pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines.
La sécheresse des sols, aussi appelée sécheresse agricole (ou édaphique), concerne la fine couche de terre où se développent les racines et où les plantes puisent leur eau. Elle apparaît lorsque cette réserve s’épuise plus vite qu’elle ne se recharge, sous l’effet du soleil, du vent et de l’activité des végétaux. C’est la forme la plus visible : herbe jaunie, cultures en stress et sol qui se fissure.
La sécheresse hydrologique touche les rivières, les lacs et les nappes souterraines. Elle se manifeste plus tard que les autres formes de sécheresse, car ces réservoirs réagissent lentement aux conditions météo. L’eau met du temps à s’infiltrer, à circuler en profondeur et à alimenter durablement les cours d’eau, d’où ce décalage.
Enfin, il existe une quatrième forme, la sécheresse dite socio-économique, qui apparaît lorsque le manque d’eau perturbe les usages : eau potable, agriculture, industrie, énergie, milieux naturels.
Comment le sol peut-il rester sec malgré des nappes pleines ?
Le cœur du paradoxe est là : nappe phréatique et sol de surface ne vivent pas au même rythme.
Les nappes se remplissent surtout en automne et en hiver. À cette période, les températures sont plus basses, la végétation consomme peu d’eau et l’évaporation est limitée. Une partie importante des pluies peut donc s’infiltrer en profondeur.
Au printemps, tout change. La nature se réveille, les températures montent, le soleil devient plus fort et le vent peut accentuer l’évaporation. L’eau qui tombe est alors souvent utilisée directement par la végétation ou repart vers l’atmosphère; elle ne descend pas forcément jusqu’à la nappe.
Autrement dit, la nappe phréatique raconte l’histoire des pluies de l’hiver, alors que le sol de surface raconte celle des derniers jours voire des dernières semaines.
Quelle est l'influence de la météo sur la nature des sols ?
Un sol peut s’assécher très vite lorsque l’atmosphère « réclame » beaucoup d’eau.
Sous un anticyclone, le ciel est souvent dégagé. Le soleil chauffe le sol, l’air s’assèche et l’évaporation augmente. Si un vent sec s’ajoute, il enlève en continu l’humidité du sol et des plantes.
Résultat : même après un hiver très arrosé (comme celui que nous avons connu cette année 2025/26 avec +50% de précipitations), quelques jours ou semaines de temps sec, lumineux et venteux peuvent suffire à provoquer une sécheresse de surface.
La nature du sol influence-t-elle le remplissage des nappes ?
Oui. Un sol sec n’absorbe pas toujours bien les pluies : après une période sèche, certaines terres deviennent presque imperméables en surface, l’eau ruisselle au lieu de pénétrer.
Sur les sols limoneux (sols légers et poudreux), la pluie peut aussi former une croûte compacte, appelée croûte de battance. Elle bloque l’infiltration et accentue le ruissellement. Ainsi, même une pluie d’orage peut donner l’impression d’un « bon arrosage » sans réellement reconstituer l’eau disponible pour les racines.
Quel est le rôle du changement climatique dans cette mécanique ?
Avec l'évolution de notre climat et la hausse des températures (1), ce découplage (c’est-à-dire le décalage entre des nappes encore bien remplies et des sols déjà secs en surface) risque de devenir plus visible.
Des températures plus élevées augmentent l’évaporation et la transpiration des plantes. Même si certains hivers restent très pluvieux, les sols peuvent s’assécher plus tôt au printemps et plus fortement en été.
La baisse de l’enneigement peut aussi jouer un rôle : la neige fond progressivement, humidifiant les sols au printemps. Mais lorsqu’elle est remplacée par des pluies hivernales plus rapides, l’eau recharge parfois les nappes, mais elle soutient moins longtemps l’humidité de surface.
Avoir des nappes pleines est donc une bonne nouvelle pour la ressource en eau potable et pour certains usages. Mais cela ne garantit pas des sols humides, ni des cultures à l’abri, ni des forêts moins vulnérables, au risque d'incendie notamment.
Avoir des réserves souterraines pleines reste une situation bien plus favorable que l'inverse à l'approche de l'été, mais cela ne nous met pas à l'abri de situations de sécheresse dans les mois qui viennent si un anticyclone solide accompagné de fortes chaleurs décidait de camper sur le pays et de nous mettre au régime sec.