Eau bleue, eau verte : pourquoi les pluies d’hiver ne suffisent pas à éviter une sécheresse estivale

Cyril Wuest
Par Cyril Wuest, Météorologue
Eau bleue, eau verte : pourquoi les pluies d’hiver ne suffisent pas à éviter une sécheresse estivale
Crédit : Adobe Stock
Après plusieurs semaines très arrosées, une question revient souvent : avec toute cette pluie tombée en hiver, peut-on éviter une sécheresse cet été ? La réponse dépend moins des cumuls que de la manière dont l’eau est stockée et recyclée dans l’environnement. Pour comprendre, deux notions clés s’imposent : l’eau bleue et l’eau verte.

L’eau bleue : l’eau visible

L’eau bleue désigne l’eau que l’on voit et que l’on mesure facilement. Il s’agit des pluies qui ruissellent, alimentent les rivières, les lacs, les barrages et les nappes phréatiques. C’est cette eau qui provoque parfois des crues en hiver et qui constitue la principale ressource pour l’eau potable, l’irrigation ou l’industrie.
Lors d’un hiver très pluvieux, l’eau bleue est abondante, mais elle peut aussi s’évacuer rapidement vers la mer, surtout lorsque les sols sont saturés ou que les précipitations sont intenses.

L’eau verte : l’eau cachée mais essentielle

À l’inverse, l’eau verte est beaucoup moins visible. Elle correspond à l’eau stockée dans les sols et la végétation, au niveau des racines. Cette eau est utilisée par les plantes et restituée progressivement à l’atmosphère par évaporation et évapotranspiration.
L’eau verte est indispensable à la croissance des cultures, au bon fonctionnement des écosystèmes et joue un rôle majeur dans le climat local.

Pourquoi l’eau verte est décisive en été

En période estivale, l’eau verte agit comme un régulateur naturel. Un sol humide limite la surchauffe, entretient la végétation et retarde l’assèchement des terres. À l’inverse, lorsque les sols sont secs, la végétation souffre, l’évapotranspiration diminue et la chaleur s’accumule plus rapidement.
C’est dans ces conditions que les sécheresses peuvent s’installer, parfois malgré un hiver très pluvieux.

Une pluie d’hiver qui ne profite pas toujours durablement

Des pluies abondantes en hiver restent une bonne nouvelle, mais elles ne garantissent pas une réserve efficace pour l’été. Si l’eau ruisselle trop vite ou si les sols absorbent mal, une grande partie des précipitations rejoint rapidement les cours d’eau puis l’océan.
De plus, dès le printemps, la hausse des températures augmente l’évapotranspiration et accélère la consommation des réserves d’eau du sol.

Un enjeu renforcé par le réchauffement climatique

Avec le réchauffement climatique, l’atmosphère est plus gourmande en eau. Même avec des cumuls annuels proches des normales, la répartition des pluies change et l’évaporation s’intensifie. Cela rend les sécheresses estivales plus fréquentes et plus rapides à s’installer, en particulier lorsque l’eau verte est insuffisante.

Mieux comprendre pour mieux anticiper

Dans ce contexte, la gestion des sols et des paysages devient déterminante. Favoriser l’infiltration de l’eau, maintenir des sols couverts et vivants, préserver les zones capables de retenir l’humidité permet de renforcer l’eau verte et d’amortir les effets des périodes sèches.

En résumé, ce n’est pas seulement la quantité de pluie qui compte, mais ce que devient cette eau. L’eau bleue est essentielle, mais c’est bien l’eau verte, stockée dans les sols et la végétation, qui conditionne largement la capacité d’un territoire à résister aux sécheresses estivales.





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