Rapport de l'OMM sur le changement climatique en 2020 : une situation préoccupante

Cyrille DUCHESNE
Par Cyrille DUCHESNE, Météorologue
Rapport de l'OMM sur le changement climatique en 2020 : une situation préoccupante
Crédit : La Chaîne Météo
Ce lundi 19 avril, l'Organisation Mondiale de la Météorologie (OMM) a publié sa 28ème Déclaration sur l'état du climat en 2020. Malgré le phénomène de la Nina se traduisant par un refroidissement des eaux du Pacifique et un ralentissement de l'économie lié à la COVID-19, le réchauffement climatique se poursuit inexorablement.

Une année 2020 dans le top 3 des années les plus chaudes !

L'année 2020 se classe en 3ème position des années les plus chaudes à l'échelle de la planète avec une température supérieure de 1,2°C à celle de l'ère préindustrielle 1850-1900. En Europe, cette année 2020 est la plus chaude jamais enregistrée, avec un excédent de plus de 2,2°C par rapport à la période préindustrielle. 

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Crédit : La Chaîne Météo

Poursuite de l'augmentation des rejets de gaz à effet de serre

Selon le rapport de l'OMM, les concentrations des principaux gaz à effet de serre ont continué d’augmenter en 2019 et 2020. Les fractions molaires de dioxyde de carbone (CO2) moyennées à l’échelle du globe ont déjà dépassé 410 parties par million (ppm), et si la concentration de ce gaz suit le même schéma que les années précédentes, elle pourrait atteindre, voire dépasser, 414 ppm en 2021. D’après le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), le ralentissement économique a entraîné une baisse temporaire des nouvelles émissions de gaz à effet de serre, mais il n'a pas eu d'impact perceptible sur les concentrations atmosphériques.

Hausse du niveau des océans

Le niveau des océans est le plus haut jamais constaté avec une hausse de 3,31 mm par an en moyenne. D'après le service Copernicus de surveillance maritime de l'Union Européenne, le rythme de réchauffement des océans au cours de la dernière décennie a été supérieur à la moyenne à long terme, ce qui témoigne d'une absorption continue de la chaleur piégée par les gaz à effet de serre.

La banquise arctique a son 2ème niveau le plus bas

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Crédit : La Chaîne Météo

En 2020, l'étendue minimale de la banquise arctique après la fonte estivale était de 3,74 millions de km2. Ce n'est que la deuxième fois qu'elle recouvrait moins de 4 millions de km2. Elle a également atteint des minima record en juillet et en octobre. 

La perte de masse de la calotte polaire du Groenland a été la plus élevée constatée depuis 40 ans d’observation par satellite. Elle a perdu 152 Gt de glace entre septembre 2019 et août 2020.

L'étendue de la banquise antarctique est restée proche de la moyenne à long terme. Toutefois, l’inlandsis antarctique présente une forte tendance à la perte de masse depuis la fin des années 1990. Cette tendance s'est accélérée vers 2005, et, actuellement, l'Antarctique perd environ 175 à 225 Gt par an, en raison de l'augmentation du débit des principaux glaciers de la partie occidentale de l’Antarctique et de la péninsule antarctique.

Enfin, pour la 33e année consécutive, le bilan de masse des glaciers observés est négatif, c'est-à-dire que les glaciers sont en recul continu.

De nombreux phénomènes extrêmes

En 2020, de fortes pluies et de graves inondations ont touché de vastes zones d’Afrique et d’Asie. De nombreuses régions de l’intérieur de l’Amérique du Sud ont connu une grave sécheresse en 2020, plus particulièrement le nord de l’Argentine, le Paraguay et les zones frontalières de l’ouest du Brésil. 

Une grande partie de l'Arctique sibérien a connu en 2020 des températures supérieures de plus de 3 °C à la moyenne, avec un record de 38 °C dans la ville de Verkhoyansk, ainsi que des feux de forêt persistants et étendus.

Aux États-Unis d'Amérique, des incendies d’une ampleur sans précédent se sont produits à la fin de l’été et en automne, favorisés par une sécheresse généralisée, tandis que la période de juillet à septembre a été la plus chaude et la plus sèche qu'ait connu le sud‑ouest du pays. Dans la vallée de la Mort, en Californie, le mercure a atteint le 16 août 54,4 °C, soit la température la plus élevée enregistrée dans le monde depuis au moins 80 ans.

Les Caraïbes ont connu des vagues de chaleur importantes en avril et en septembre. Des records de chaleur ont aussi été battus en Australie début 2020, y compris celui de la température la plus élevée observée dans une zone métropolitaine australienne, à savoir 48,9 °C à Penrith, dans l’ouest de Sydney.

Certaines régions de l'Asie de l'Est ont connu un été très chaud. Avec une température de 41,1 °C, Hamamatsu a égalé le record national du Japon le 17 août.

L’Europe a subi sécheresse et vagues de chaleur en été 2020, bien que celles-ci n’aient généralement pas été aussi intenses qu’en 2018 et 2019. En Méditerranée orientale, des records historiques ont été battus à Jérusalem (42,7 °C) et à Eilat (48,9 °C) le 4 septembre, après une vague de chaleur au Moyen-Orient fin juillet, au cours de laquelle on a relevé 52,1 °C à l’aéroport de Koweït et 51,8 °C à Bagdad.

2020 : un nombre record de phénomènes cycloniques dans l'Atlantique Nord

Avec 30 tempêtes baptisées, la saison des ouragans 2020 dans l'Atlantique Nord a battu tous ses records. Douze tempêtes ont touché terre aux États-Unis d'Amérique, dépassant ainsi le précédent record qui s’établissait à neuf. L'ouragan Laura a atteint une intensité de catégorie 4 et a touché terre le 27 août dans l'ouest de la Louisiane, provoquant d'importants dégâts et des pertes économiques estimées à 19 milliards de dollars. Laura a également été associée dans sa phase de développement aux dégâts considérables dus aux inondations en Haïti et en République dominicaine.

La dernière tempête de la saison, Iota, a également été la plus intense, atteignant la catégorie 5 avant de toucher terre en Amérique centrale.

Des déplacements de population importants

Selon la Fédération internationale des Sociétés de la Croix Rouge et du Croissant-Rouge, plus de 50 millions de personnes ont été frappées en 2020 à la fois par des catastrophes liées au climat (inondations, sécheresses et tempêtes) et par la pandémie de COVID-19. 

Quelque 9,8 millions de déplacements, en grande partie dus à des risques et des catastrophes hydrométéorologiques, ont été enregistrés au cours du premier semestre de 2020, principalement en Asie du Sud et du Sud-Est et dans la corne de l’Afrique.

Les événements qui se sont produits au cours du second semestre, notamment les déplacements liés aux inondations dans la région du Sahel, la saison des ouragans dans l'Atlantique et l'impact des typhons en Asie du Sud-Est font que, dans l'ensemble, l'année 2020 se situe dans la moyenne pour la décennie.

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